L'amant parasite

Cas n° 1, chapitre 1

Dossier authentique, publié avec l'accord des personnes défendues et intégralement caviardé. Lire l'avertissement complet.

Chapitre 1 sur 10Avant le 23 avril

Comment tout a commencé

Me Grégoire Rey raconte

Une femme est venue me voir pour me parler de ce qui était devenu, sans elle, le cauchemar de sa vie. La cinquantaine, suisse, plusieurs enfants dont deux encore mineurs. Bientôt trente ans dans une grande administration genevoise. Jamais d'ennui avec la justice, jamais une amende, pas une poursuite. Une citoyenne moyenne, un modèle. Appelons-la Maria.

Un jour de 2024, elle croise un homme à la gare. Il l'aborde, ils sympathisent. Il lui explique qu'il sortait d'un mariage, qu'il venait de rompre, qu'il se sentait seul. Ils vont boire un verre. Il rentre chez elle. La magie opère, et Maria lui propose de rester le temps qu'il se reloge. Appelons-le Luciano.

Très vite, au début de 2025, ce n'est plus une relation que Maria souhaite poursuivre. Elle le lui dit. Lui ne veut plus partir. Elle fait alors construire une cabine fermée dans le salon, avec un lit, pour qu'il puisse y dormir sans croiser toute la famille chaque fois qu'il rentre tard ou repart dans la journée. Car il ne cherchera ni ne trouvera le moindre travail pendant près d'une année. Il ne participera pas davantage aux courses.

Cette présence devient peu à peu le huis clos de Sartre. L'enfer, c'est les autres. Mais Maria est gentille et n'ose pas les grands moyens. À la fin de 2025, elle lui signifie qu'elle a vraiment décidé de rompre et qu'elle va chercher un autre logement pour lui. Lui ne paie rien, entre et sort à sa guise, mange les restes de la famille, et refuse de sortir.

Au printemps 2026, Maria décide de prendre les choses en main. Elle contacte un ami de son ex-mari, qui accepte de loger provisoirement Luciano. Celui-ci insiste toutefois : il a besoin d'elle pour obtenir un logement par les services sociaux, l'Hospice général exigeant la preuve qu'il payait le précédent.

Maria fait alors, par désespoir, une chose qu'elle regrettera. Elle lui signe une attestation où elle certifie qu'il lui verse neuf cents francs par mois. C'est faux. Luciano n'a jamais versé un centime pour la vie commune depuis qu'il est entré dans cet appartement.

C'est là que les choses deviennent surréalistes. Luciano apprend que Maria doit partir un week-end à l'étranger avec une amie, du vendredi au dimanche. Le vendredi, il court à l'ASLOCA avec sa version : il habitait chez Maria depuis deux ans, il est chez un ami depuis quelques jours parce qu'elle l'a expulsé. Il produit l'attestation comme preuve d'un contrat de sous-location. Il affirme qu'elle quitte la Suisse pour trois jours et qu'elle s'apprête à changer définitivement les serrures. Faute de congé valable, l'expulsion serait illégale : il demande au Tribunal des baux et loyers l'autorisation de reprendre possession des lieux avant le retour de Maria. Et cela malgré les deux enfants mineurs présents dans l'appartement.

Le bail principal de Maria

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