« J'ai rédigé mon testament à l'ordinateur, je l'ai imprimé et signé. Mon fils dit que ça ne vaut rien. »
Votre fils a raison, et je préfère que vous l'appreniez de lui plutôt que vos héritiers d'un juge. Un texte tapé à l'ordinateur et simplement signé n'est pas un testament olographe. Il peut être annulé à la demande de celui qui y a intérêt, ce qui revient au même le jour où cet intéressé se manifeste.
La loi pose trois conditions, et elles sont cumulatives. Le texte doit être écrit en entier de votre main, du premier au dernier mot. Il doit être daté du jour, du mois et de l'année où vous l'avez rédigé. Il doit être signé, de votre main également. Une ligne ajoutée par quelqu'un d'autre, un paragraphe complété à la machine, et l'on ouvre une discussion dont vos héritiers se passeraient volontiers.
Pour la date, la loi s'est un peu adoucie, et c'est une exception qu'il faut connaître sans s'y fier. Une date fausse ou absente n'entraîne l'annulation que si elle ne peut pas être établie autrement et qu'elle est nécessaire, par exemple pour savoir lequel de deux testaments est le dernier, ou si vous étiez encore capable de discernement le jour où vous l'avez écrit. Datez quand même : il ne vous en coûte qu'une ligne.
Le reste tient en quelques conseils. Écrivez simplement, sans jargon que vous ne maîtrisez pas : « je lègue », « j'institue héritier », avec le nom complet des personnes. Si vous changez d'avis, rédigez un nouveau testament plutôt que de raturer l'ancien. Et sachez que votre liberté n'est pas totale : vos descendants et votre conjoint ont droit à une réserve, ramenée en 2023 à la moitié de leur part légale, que vous ne pouvez leur retirer que dans des cas très rares. Les parents, eux, n'en ont plus depuis cette réforme.
Enfin, un testament que personne ne trouve n'a jamais été écrit. Ne le glissez pas dans un livre de la bibliothèque. Chaque canton a désigné une autorité qui le reçoit en dépôt, et un notaire peut le conserver. Celui qui découvre un testament après un décès est d'ailleurs tenu de le remettre à l'autorité, même s'il y est déshérité. Surtout s'il y est déshérité.
Étéocle et Polynice étaient convenus de régner sur Thèbes une année chacun. Rien n'était écrit, Étéocle refusa de céder la place, et les deux frères s'entretuèrent au pied des murailles. Un testament n'empêche pas toujours les héritiers de se déchirer, mais il leur donne au moins un texte à se disputer.
Ce qu'il faut retenir
- Écrit en entier à la main, daté, signé : les trois conditions sont cumulatives.
- Un texte imprimé et signé n'est pas un testament olographe.
- La date comprend le jour, le mois et l'année.
- La réserve des descendants et du conjoint limite votre liberté ; celle des parents a disparu en 2023.
- Déposez-le auprès de l'autorité désignée par le canton ou chez un notaire.
(Références légales et jurisprudentielles : art. 505 al. 1 et 2 CC ; art. 520, 520a et 521 CC ; art. 471 CC, en vigueur depuis le 1er janvier 2023 ; art. 477 CC ; art. 556 CC)
Chronique d'information générale, état au 26 octobre 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques