« Ils m'ont arrêté dans la rue et m'ont demandé de les suivre. J'ai refusé. Ils avaient le droit de me taper ? »
Commençons par la mauvaise nouvelle : oui, vous deviez les suivre. La police peut appréhender quelqu'un pour établir son identité, et si vous refusez, elle peut vous y contraindre. Discuter sur le trottoir ne vous mènera nulle part, et le refus d'obtempérer est lui-même une infraction. Suivez-les.
Maintenant les bonnes nouvelles. Non, ils n'avaient pas le droit de vous taper, mais je doute que ce soit ce qu'ils ont fait, du moins de la façon dont vous le racontez. Si c'est pourtant le cas, venez nous en parler.
Autre bonne nouvelle : à partir du moment où vous entrez dans ce poste, vous n'avez plus rien à dire. Rien. Le prévenu n'a aucune obligation de déposer contre lui-même, il peut refuser de parler et refuser de collaborer, et personne ne peut lui en faire grief. La police doit vous en informer au début de la première audition, et si elle omet de le faire, l'audition ne peut pas être utilisée contre vous. Le problème, c'est que le procès-verbal que vous aurez signé mentionnera que vos droits vous ont été lus et que vous avez renoncé à un avocat. Donc ne signez pas n'importe quoi.
Là, en général, l'auditeur proteste : mais si je me tais, ils vont croire que je suis coupable. Peut-être. Le juge, lui, n'a pas le droit de le croire. Et il vaut infiniment mieux passer pour un homme méfiant que d'avoir signé un procès-verbal rédigé à trois heures du matin par quelqu'un qui vous a expliqué que ça irait plus vite si vous coopériez.
Car c'est là que tout se joue. La première audition est celle qu'on n'a plus jamais. Ce que vous y dites vous suivra pendant deux ans de procédure, et chaque nuance que vous tenterez d'ajouter ensuite passera pour une rétractation. J'ai vu des dossiers entiers se jouer sur une phrase lâchée par lassitude au bout de la sixième heure.
Vous avez le droit d'être assisté d'un avocat dès cette première audition, et de vous entretenir librement avec lui. C'est le droit le plus utile de toute la procédure pénale, et c'est celui dont on vous parlera le plus vite, d'une voix un peu lasse, avec l'air de dire que ce ne sera sans doute pas nécessaire. Il l'est toujours.
Une dernière chose. Ne mentez pas. Se taire est un droit, mentir est une erreur. Le silence ne se retourne pas contre vous, le mensonge découvert, si. Et tout se sait, le plus souvent...
Prisonnier du Cyclope, Ulysse s'était présenté sous le nom de Personne. C'est la seule chose qu'il ne faut surtout pas tenter au poste : décliner son identité est obligatoire. Se taire ensuite, en revanche, est un droit, et Ulysse s'en est fort bien sorti.
Ce qu'il faut retenir
- Suivez-les, ne discutez pas dans la rue.
- Ne dites rien avant d'avoir parlé à un avocat.
- Demandez un avocat dès la première audition, c'est votre droit.
- Ne signez aucun procès-verbal que vous n'avez pas relu ligne à ligne.
- Se taire n'est pas mentir. Le premier est un droit, le second une faute.
Chronique d'information générale, état au 29 juillet 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques