Le droit à l'image | Question à l'avocat

Question à l'avocat

« Une photo de moi circule sur les réseaux. Je peux la faire retirer ? »

Le principe est simple et il est assez radical : votre image fait partie de votre personnalité, et nul ne peut la diffuser sans votre accord. Pas la photographier, la diffuser. La nuance a son importance, et nous y reviendrons.

Ce que la loi protège, c'est le droit de ne pas être exposé au regard des autres sans l'avoir voulu. Peu importe que la photo soit flatteuse ou non, qu'elle soit vraie ou retouchée : ce n'est pas une question de vérité, c'est une question de consentement.

Maintenant les exceptions, car il y en a. La première tient au consentement, qui peut être tacite : celui qui pose en souriant devant l'objectif d'un photographe de presse aura du mal à soutenir ensuite qu'il n'avait rien accepté. La deuxième tient au contexte : sur une photo de foule, de manifestation, de stade, vous n'êtes pas le sujet, vous êtes le décor. La troisième, la plus discutée, tient à l'intérêt public. La personne qui exerce une fonction publique, ou qui s'est exposée volontairement, accepte une part de regard qu'elle ne peut pas reprendre à sa convenance. Mais uniquement pour ce qui touche à cette exposition-là. Un conseiller d'État reste chez lui un homme privé.

Et si la photo circule déjà ? Vous pouvez exiger qu'elle cesse d'être diffusée, faire constater que la diffusion était illicite, et réclamer réparation. L'urgence se traite par des mesures provisionnelles, qui peuvent être obtenues en quelques jours quand l'atteinte est manifeste. C'est souvent le seul moyen efficace, car une image qui a circulé une semaine a fini son travail.

Un mot enfin sur ce que tout le monde oublie : le flou. Vous n'avez pas à négocier une suppression complète. Un visage flouté n'est plus votre image. Beaucoup de conflits se règlent en trois minutes quand on cesse de demander l'impossible pour demander le raisonnable.

Narcisse est mort d'avoir trop regardé son image. Il n'avait simplement pas prévu que d'autres s'en chargeraient, ni qu'elle se partagerait.

Ce qu'il faut retenir

  • Ce n'est pas la prise de vue qui est interdite, c'est la diffusion sans accord.
  • Le consentement peut être tacite, et il peut être retiré.
  • En foule ou en arrière-plan, vous n'êtes pas le sujet de la photo.
  • Les personnalités publiques n'acceptent le regard que pour leur rôle public.
  • Agissez vite : les mesures provisionnelles ne servent que tant que l'image circule.

Chronique d'information générale, état au 29 juillet 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques