« J'ai reçu un commandement de payer de 8'000 francs d'une société dont je n'ai jamais entendu parler. Je dois payer ? »
Non. Et il faut savoir une chose qui surprend tout le monde : en Suisse, n'importe qui peut faire notifier un commandement de payer à n'importe qui, pour n'importe quel montant, sans rien prouver. L'office des poursuites ne vérifie pas que la dette existe, il transmet. Le commandement de payer n'est donc pas une décision, c'est une sommation, et la réponse tient en un mot : opposition.
Vous avez dix jours dès la notification pour former opposition. Vous pouvez le faire sur le champ, en le déclarant à l'agent ou au facteur qui vous remet l'acte, ou ensuite, oralement ou par écrit, auprès de l'office. Vous n'avez pas à la motiver, et elle ne coûte rien. Si vous ne contestez qu'une partie du montant, indiquez laquelle. Mais ne laissez jamais passer le délai par négligence : sans opposition, le créancier peut requérir la continuation de la poursuite, et la saisie ou la faillite suivra, même pour une dette qui n'existait pas.
L'opposition arrête tout. C'est alors au créancier d'agir, soit devant le juge ordinaire en prouvant sa créance, soit par une procédure rapide de mainlevée, mais seulement s'il dispose d'un jugement ou d'une reconnaissance de dette signée de votre main. C'est là que tout se joue, et c'est pourquoi je demande toujours : avez-vous signé quelque chose ? Si oui, l'opposition vous fait surtout gagner du temps. Si non, le créancier devra mener un procès, et beaucoup s'en abstiennent.
Reste l'inscription au registre des poursuites, qui inquiète à juste titre, car les régies et les employeurs demandent l'extrait. Une poursuite frappée d'opposition y figure, même injustifiée. Depuis 2019, vous pouvez toutefois demander à l'office, trois mois au plus tôt après la notification, de ne plus la communiquer aux tiers. L'office impartit alors au créancier un délai de vingt jours pour prouver qu'il a engagé la procédure contre votre opposition. S'il ne le fait pas, la poursuite n'apparaît plus sur votre extrait.
Enfin, deux erreurs fréquentes. Ne payez pas « pour avoir la paix » une somme que vous ne devez pas : vous ne la reverriez qu'au terme d'un procès. Et ne confondez pas l'opposition avec une réponse : écrire au créancier pour lui expliquer qu'il se trompe ne remplace pas l'opposition auprès de l'office. Seule l'opposition compte, et le délai ne se rattrape presque jamais.
Shylock réclamait sa livre de chair parce que le billet signé par Antonio la lui promettait. En Suisse, il aurait fait notifier un commandement de payer, Antonio aurait fait opposition, et le juge aurait constaté qu'un contrat contraire aux mœurs est nul. Portia n'aurait pas eu besoin de se déguiser.
Ce qu'il faut retenir
- Un commandement de payer ne prouve pas que la dette existe.
- Dix jours pour faire opposition, sans motif à donner.
- Le créancier doit ensuite saisir le juge ; une reconnaissance de dette signée lui facilite la tâche.
- Trois mois après la notification, vous pouvez demander que la poursuite n'apparaisse plus sur votre extrait.
- Écrire au créancier ne remplace pas l'opposition.
(Références légales et jurisprudentielles : art. 69, 74 al. 1 et 2, 75 al. 1, 79, 80, 82, 86 et 88 LP ; art. 8a al. 3 let. d LP, en vigueur depuis le 1er janvier 2019 ; art. 18 OELP (gratuité de l'opposition) ; TF 5A_927/2020)
Chronique d'information générale, état au 26 octobre 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques