« Mon voisin du dessus met la musique jusqu'à 21h59 et me répond qu'avant 22 heures il a le droit. Il a raison ? »
Non, et c'est sans doute la légende la plus tenace du droit de voisinage. Il n'existe pas d'heure avant laquelle tout serait permis. La règle de base figure dans le code civil, et elle ne contient aucun horaire : chacun doit s'abstenir de tout excès au détriment de ses voisins. Un bruit excessif à 15 heures reste excessif. Il est simplement plus facile à prouver à minuit.
Les heures viennent des règlements de police de votre commune ou de votre canton. La plupart fixent un repos nocturne qui commence vers 22 heures, certains protègent aussi la pause de midi, le dimanche et les jours fériés. Pendant ces périodes, le bruit qui dérange est interdit sans qu'on ait à discuter de son intensité. Le reste du temps, on revient à la règle générale : la question n'est pas de savoir quelle heure il est, mais si le bruit dépasse ce qu'une personne raisonnable doit supporter à cet endroit.
Et les décibels ? L'auditeur qui m'appelle a souvent téléchargé une application sur son téléphone, et ma réponse le déçoit un peu. Les valeurs limites chiffrées existent, mais elles visent les routes, les chantiers, les installations, pas la chaîne hi-fi du troisième. Entre voisins, le juge ne lit pas un sonomètre. Il apprécie la nature du quartier, la fréquence, la durée, l'heure, et il raisonne avec la sensibilité d'une personne moyenne, pas avec la vôtre si vous êtes particulièrement délicat. Votre application peut servir, comme une pièce du dossier parmi d'autres.
Devant qui se plaindre ? Cela dépend de la situation, et c'est là que les gens perdent du temps. Pour un tapage en pleine nuit, la police, tout simplement, qui peut constater et dénoncer. Si vous êtes locataire et que le bruyant l'est aussi, écrivez à la régie : le bailleur doit faire respecter le bail de son locataire, et celui qui persiste après une protestation écrite risque la résiliation. Le bruit qui vous empêche de jouir normalement de votre logement est d'ailleurs un défaut, qui peut justifier une réduction de votre propre loyer. Entre propriétaires, c'est le juge civil qui ordonne de faire cesser le trouble.
Dans tous les cas, la même méthode. Tenez un journal : la date, l'heure, la durée, ce que vous avez entendu. Demandez à un autre voisin s'il entend la même chose, et s'il accepterait de le dire. Écrivez une première fois, poliment. Six semaines de notes bien tenues valent mieux que dix ans de rancœur dans la cage d'escalier.
Pour chasser les oiseaux du lac Stymphale, Héraclès fit plus de bruit qu'eux, avec des crotales d'airain forgées par Héphaïstos. La méthode a réussi, mais elle est déconseillée entre voisins : elle fait de la victime un second perturbateur.
Ce qu'il faut retenir
- Aucune heure ne rend licite un bruit excessif.
- Les horaires du repos nocturne dépendent du règlement de votre commune ou de votre canton.
- Les décibels ne décident pas : le juge raisonne avec la sensibilité d'une personne moyenne.
- Locataire : écrivez à la régie, et demandez au besoin une réduction de loyer.
- Tenez un journal daté dès le premier soir.
(Références légales et jurisprudentielles : art. 679 et 684 CC ; art. 257f al. 2 et 3 CO ; art. 259a et 259d CO ; règlements de police communaux et cantonaux pour les horaires du repos nocturne)
Chronique d'information générale, état au 26 octobre 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques