Vous venez d'être licencié | Question à l'avocat

Question à l'avocat

« On m'a remercié hier. J'ai trois mois. Je fais quoi ? »

D'abord, une vérité qui déplaît : en Suisse, on peut vous licencier sans motif. La liberté de résiliation est le principe, et votre employeur n'a pas à se justifier. Ceux qui vous diront le contraire au comptoir vous rendent un mauvais service. Et oui, on peut licencier en Suisse quelqu'un simplement parce que sa tête ne nous revient plus.

Cela dit, il y a des congés que la loi qualifie d'abusifs. Le licenciement parce que vous avez fait valoir de bonne foi une prétention découlant du contrat, par exemple des heures supplémentaires impayées. Le licenciement en raison d'une qualité personnelle, l'âge, la maladie, les convictions. Le licenciement qui suit de peu une plainte que vous avez osé formuler. Mais on se calme : abusif ne veut pas dire nul, de loin pas. Le contrat prend fin quand même, et vous pouvez espérer une indemnité de deux à six malheureux mois de salaire.

Et voici l'erreur qui coûte le plus cher, celle que je vois chaque année. Pour réclamer cette indemnité, il faut s'opposer par écrit au congé avant la fin du délai de congé. Avant. Pas après avoir retrouvé du travail, pas après avoir digéré, pas après en avoir parlé à un beau-frère au réveillon. Si vous laissez passer ce délai, votre droit est éteint, et il l'est définitivement, même si le congé était odieux.

Vérifiez ensuite si vous étiez protégé. Un congé notifié pendant une incapacité de travail due à la maladie ou à l'accident est nul, pour une durée qui dépend de vos années de service. Nul, c'est-à-dire inexistant : votre contrat continue. Beaucoup de gens partent en croyant qu'ils sont partis, alors qu'ils étaient encore employés.

Demandez votre certificat de travail. Vous y avez droit, il doit être complet et véridique, et vous pouvez en exiger la correction. Un certificat mal rédigé vous poursuit bien plus longtemps qu'un licenciement.

Annoncez-vous à la caisse de chômage sans attendre, et gardez tout : les courriels, les évaluations, les messages, l'agenda. Dans un an, votre mémoire aura arrangé les choses. Les documents, non.

Sisyphe, lui, n'a jamais été licencié. À bien y réfléchir, ce n'est pas une chance.

Ce qu'il faut retenir

  • Le congé n'a pas à être motivé, mais il peut être abusif.
  • Opposez-vous par écrit avant la fin du délai de congé, sous peine de tout perdre.
  • Vérifiez si vous étiez en période de protection : le congé serait alors nul.
  • Exigez un certificat de travail complet et véridique.
  • Conservez tous les écrits, dès aujourd'hui.

Chronique d'information générale, état au 29 juillet 2026. Elle ne remplace pas une consultation : chaque situation a ses particularités, et c'est souvent le détail qu'on croit sans importance qui change la réponse. Toutes les chroniques